Tourisme durable : chiffres clés et attentes des voyageurs

Article publié le 31 mai 2022, mis à jour le 11 septembre 2026

85 % des voyageurs jugent le tourisme durable important ou très important. C’est le chiffre publié par Booking.com en avril 2026. Sur le terrain, je vois autre chose. Des hébergeurs investissent dans une démarche écoresponsable et n’en tirent pas toujours de réservation supplémentaire. L’écart entre ce que les voyageurs déclarent et ce qu’ils réservent, voilà le vrai sujet.

Alors, le tourisme durable : marché réel ou discours d’époque ? Cet article rassemble les chiffres disponibles en 2026, côté impact environnemental et côté clientèles. Il s’appuie sur différentes études, dont celle du CRT Nouvelle-Aquitaine, la plus détaillée à ce jour sur les profils de voyageurs sensibles.

Sommaire :

Que disent les chiffres du tourisme durable en 2026 ?

Deux séries de données circulent sous la même étiquette : celles qui mesurent l’impact réel du tourisme, celles qui mesurent les intentions déclarées des voyageurs. Les premières sont stables et documentées, tandis que les secondes demandent de la prudence.

tourisme durable attentes voyageurs ©Le Monde - Aurel
©Le Monde – AUREL

Le transport pèse plus que l’hébergement

Le tourisme représente 11 % de l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre en France. Les trois quarts de ces émissions viennent de la mobilité des touristes, pas des murs qui les hébergent (tableau de bord du tourisme durable, Atout France, données ADEME 2018).

Un poste écrase tous les autres : l’avion. Le transport aérien pesait 41 % des émissions du tourisme français en 2018, et cette part a sans doute augmenté depuis, portée par la hausse des vols internationaux (ADEME 2024, cité par le Réseau Action Climat, septembre 2026).

Le déséquilibre entre clientèles saute aux yeux :

  • Les voyageurs extra-européens représentent 3 % des touristes en France, mais 20 % des émissions du secteur touristique.
  • Le séjour d’un touriste lointain émet dix fois plus que celui d’un résident français, et cinq fois plus que celui d’un voyageur européen.

Conclusion ? Le premier levier d’impact est le trajet de vos clients, pas votre location saisonnière. Un gîte parfaitement isolé rempli de voyageurs venus en avion reste un gîte à forte empreinte. À l’inverse, un vieux corps de ferme qui accueille des Nantais et des Belges fait mieux, sans travaux 

Ces affirmations se vérifient à l’échelle nationale.

Entre 2018 et 2022, le recentrage du tourisme français sur les clientèles européennes a fait baisser les émissions du secteur de 16 %, sans casser l’activité économique (ADEME, 2024). Le mouvement était conjoncturel, lié au Covid. Il démontre quand même une chose : viser la proximité réduit l’empreinte sans réduire le chiffre d’affaires. 

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L’intention des voyageurs progresse, le passage à l’action un peu moins

Côté demande, la source la plus fournie reste le rapport annuel de Booking.com, publié en avril 2026 auprès de 32 500 voyageurs dans 35 marchés. 

85 % des voyageurs jugent le voyage plus durable important ou très important. Une intention qui se confirme dans les faits : 100 millions de nuitées ont été réservées en 2025 dans des hébergements certifiés par un organisme tiers, pour 28 000 hébergements certifiés sur la plateforme, soit +22 % en un an.

L’étude révèle deux autres comportements qui progressent et vous concernent directement : 43 % des voyageurs prévoient d’éviter les foules et 42 % de partir hors saison. Parmi ceux qui décalent leurs dates, 37 % le font pour alléger la pression sur la destination.

Qu’entend-on par « pratique de tourisme durable » ?

Il existe une définition de référence, celle du réseau Acteurs du Tourisme Durable (ATD), dont Guest & Strategy est membre. Je la détaille dans mon article sur le tourisme durable comme démarche de progrès.

Mais vos clients ne connaissent pas cette définition. Ils en ont une, personnelle, façonnée par leur culture et c’est celle-là qui déclenche ou non la réservation.

Le CRT Nouvelle-Aquitaine et le cabinet Voltere Consulting (groupe EGIS) ont interrogé plusieurs clientèles européennes sur ce point, dans une étude menée en 2021 et publiée en janvier 2022. Elle reste à ce jour la plus détaillée sur les perceptions des voyageurs français et européens.

Ce qu’on retient :

  • Attentes de la clientèle d’Île-de-France : sortir des sentiers battus, couper avec ses vacances habituelles, retrouver un mode de vie simple proche de la nature ✌🏼
  • Attentes de la clientèle française « écosensible » (consciente des enjeux et engagée au quotidien) : un acte militant, devenir voyageur plutôt que touriste, se mettre à distance de la société de consommation ✋🏼
  • Attentes de la clientèle allemande : prendre le temps (slowtourism), en particulier dans ses déplacements, tisser un lien étroit avec la nature et les habitants 🤝

💡 Notre conseil : ne rédigez pas un seul argumentaire « durable » pour tout le monde. Si vous visez la clientèle allemande, parlez de rythme, de mobilité douce et de proximité avec les habitants. Si vous visez les écosensibles français, parlez de vos choix et de vos engagements concrets, pas de décor. 

Quels critères déterminent vraiment le choix d’une destination ?

D’après cette même étude du CRT Nouvelle-Aquitaine et le cabinet Voltere Consulting, pour l’ensemble des Français, les trois premiers critères de choix d’une destination de vacances sont, dans l’ordre :

  • 1er : le dépaysement offert 🏞
  • 2e : le rapport qualité-prix du séjour 💰
  • 3e : la nature préservée 🌳

Ni l’impact du séjour sur l’environnement, ni la mise en avant du tourisme durable par la destination n’entrent dans les critères déterminants. Sur ce point, contrairement aux définitions du bloc précédent, les Français se comportent de façon très homogène.

Regardons cependant la troisième place : la nature préservée compte. Voyager durable commence par le paysage, pas celle du label.

Les données 2025 de Booking.com pour la France confirment cette évolution :

  • Plus de 7 voyageurs français sur 10 souhaitent laisser les lieux visités en meilleur état qu’à leur arrivée,
  • 34 % optent pour une destination alternative, afin d’éviter le surtourisme,
  • 30 % décalent leurs dates de séjour.

Personne ne dit « je pars en vacances durables ». Les gens disent qu’ils veulent moins de monde, une nature intacte et le sentiment de ne pas nuire. C’est le même comportement, exprimé autrement.

💡 Comment le traduire sur vos supports de communication ? Ne titrez pas forcément votre annonce sur le mot « écoresponsable ». Annoncez plutôt le calme ou la nature autour de vous. Ce n’est pas toujours le mot « durable » qui fait vendre, mais ce qu’il recouvre.

Quelle part des voyageurs est sensible au tourisme durable ?

Toujours d’après l’étude du CRT Nouvelle-Aquitaine et le cabinet Voltere Consulting de 2021, 50 % des Français sont caractérisés comme « sensibles » au tourisme durable. Ils sont 36 % en Allemagne et 28 % au Royaume-Uni.

Un voyageur « sensible » prend en compte plusieurs critères à trois moments du séjour :

  • avant : partir hors saison, choisir un hébergement écolabellisé
  • pendant : mobilité douce, consommation locale
  • après : compensation des émissions du séjour

Ce chiffre tient-il encore en 2026 ?

La comparaison avec les données récentes de Booking.com montre une intention qui monte, mais un comportement qui suit de loin. En 2025, 52 % des voyageurs français se déclarent conscients de l’impact du tourisme sur l’environnement et sur les communautés locales. À l’échelle mondiale, 85 % jugent le voyage durable important ou très important.

Sur un marché de la location saisonnière saturé, le « durable » peut toutefois devenir le critère de départage entre deux hébergements touristiques équivalents.

Quel est le profil des clientèles sensibles au tourisme durable ?

Le profil de clientèles sensibles au tourisme durable

L’étude du CRT Nouvelle-Aquitaine distingue trois typologies au sein des Français sensibles :

  1. Les sensibles engagés (15 % des français) :
    • essayent de voyager en train 🚄
    • donnent moins d’importance au prix que les autres clientèles sensibles
    • recherchent l’immersion dans la nature, à la campagne ou en montagne 🥾
    • veulent échanger avec les habitants et les producteurs locaux
    • un tiers d’entre eux choisit des prestations écolabellisées ✅
  2. Les sensibles responsables (31%) :
    • recherchent la diversité des activités
    • sont les plus attirés par les parcs de loisirs et les balades urbaines 🎢
  3. Les sensibles concernés (5 %) : 
    • le rapport qualité-prix reste leur critère déterminant
    • aiment la plage et la nature, mais viennent d’abord pour la gastronomie locale 🍽

Quel hébergement pour un séjour durable, selon les nationalités ?

Les réponses varient fortement d’un marché à l’autre (CRT Nouvelle-Aquitaine/Voltere Consulting, étude 2021) :

  • Allemagne : l’écolodge domine
  • Royaume-Uni : l’offre hôtelière reste privilégiée
  • France et Espagne : le gîte rural et l’hébergement à la ferme sont assimilés au tourisme durable
  • Toutes nationalités : l’hébergement insolite convainc peu (8 % des réponses en France)
L'hébergement idéal pour un voyage durable selon les clientèles

Le point d’attention concerne les projets d’hébergement insolite. Le durable n’est pas leur argument porteur, malgré l’imaginaire nature qui les entoure. Ce sont l’expérience et l’originalité qui vendent une cabane ou une bulle, pas son bilan carbone. Si vous ciblez la clientèle allemande, en revanche, le niveau d’exigence change. L’écolodge suppose une conception du bâti, pas seulement des écogestes. 

📝 Selon le rapport de Réseau Action Climat France de septembre 2026 « trop de touristes en France ? », les résidents français dépensent 6,7 milliards d’euros par an en gîtes ruraux et locations saisonnières, contre 5,1 milliards pour les touristes étrangers. Ce poste pèse un tiers du budget hébergement des Français et un cinquième de celui des non-résidents (Insee, 2023). Le gîte est d’abord un produit de marché intérieur. 

Comment lever les freins au tourisme durable et convertir cette clientèle ?

Les chiffres du tourisme durable dessinent tous la même tension : l’intention progresse, l’acte de réservation un peu moins.

Trois freins expliquent cet écart et deux d’entre eux sont dans votre périmètre.

  1. Le prix : en 2025, 37 % des Français de 15 à 69 ans ne sont pas partis en vacances. Parmi ceux qui renoncent, 7 sur 10 invoquent une raison financière et 47 % jugent leurs revenus insuffisants pour s’offrir des vacances (Crédoc pour l’ANCV, juillet 2026). Vendre plus cher au nom du durable a pour risque de ne fonctionner que sur les sensibles engagés, soit 15 % des Français. 
  2. La lisibilité : le voyageur ne sait pas distinguer une démarche durable réelle d’un affichage, et surtout ce que cela contient.
  3. Le transport : les trois quarts des émissions du tourisme viennent de la mobilité des touristes. Vous n’y pouvez pas grand-chose.

➡️ Trois actions concrètes à envisager quand on est hébergeur touristique indépendant :

  • Documentez l’accès sans voiture : gare la plus proche, navette, location de vélos…. C’est le seul levier qui pèse sur le poste d’émissions dominant.
  • Remplissez vos ailes de saison : c’est votre meilleure convergence entre durabilité et rentabilité.
  • Écrivez vos engagements en actes : « Panneaux solaires posés en 2024 » convainc plus que « Hébergement écoresponsable ».

🔍 Abordons le sujet qui fâche : le greenwashing. Exemple avec Booking.com obligé de retirer son label « Tourisme durable » en mars 2024 👇.
Le badge « Travel Sustainable » notait les hébergements de 1 à 3 selon leurs actions de réduction d’empreinte carbone. Après des échanges tendus avec l’autorité néerlandaise pour les consommateurs et les marchés (ACM), Booking.com l’a retiré en mars 2024. L’ACM ne conteste pas les efforts des hébergeurs. Elle vise la communication de la plateforme : afficher un label « tourisme durable » entretient l’idée que voyager peut l’être. Source : TOM.travel

Le tourisme durable n’est donc ni un marché miracle, ni un gadget parfois méprisé. C’est une exigence de fond, qui se traduit en réservations seulement quand elle rejoint un bénéfice concret pour le voyageur.

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Résumé de l'article

📊 Les chiffres clés du marché du tourisme durable :

  • 85 % des voyageurs jugent le voyage plus durable important ou très important (Booking.com, Travel & Sustainability Report 2026, 32 500 répondants dans 35 marchés).
  • 100 millions de nuitées réservées en 2025 sur Booking.com dans des hébergements détenant une certification durable délivrée par un organisme tiers, pour 28 000 hébergements certifiés, soit +22 % en un an. (Booking.com, avril 2026)
  • 50 % des Français sont caractérisés comme « sensibles » au tourisme durable, contre 36 % des Allemands et 28 % des Britanniques. (CRT Nouvelle-Aquitaine/Voltere Consulting, enquête 2021)
  • 30 % d’eau et d’énergie économisés dès la première année de certification Écolabel européen. (ADEME)
  • 41 % des émissions du tourisme en France sont générées par le transport aérien (ADEME, 2024, cité par le Réseau Action Climat, septembre 2026).
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